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18/03/2020

(article only avaliable in french) Après trois éditions tenues à Londres, la conférence de renommée internationale Finovate, qui fait se rencontrer les grands influenceurs du secteur financier dans le domaine de l'innovation et les Fintechs, s’est tenue cette année à Berlin en février. Laurent Marochini, Responsable Innovation chez Société Générale Securities Services à Luxembourg, y était présent lors de la journée dédiée aux présentations corporate liées aux tendances.

En plus d'être une des villes les plus populaires sur Instagram, Berlin a su s'imposer dans le domaine des Fintechs. Certains classements comme valuer.io la place en tête des écosystèmes les plus dynamiques, devant Tel Aviv. Berlin peut être comparée à la Silicon Valley pour son habilité à générer des modèles économiques de rupture. N'étant pas reconnues comme centres financiers de premier rang, ces places se démarquent par leur créativité et leur capacité à penser différemment. À Berlin, le côté cosmopolite et la forte concentration de développeurs sont de vrais atouts, ce qui explique pourquoi la ville compte tant de réussites et de licornes.
Finovate, qui a réuni cette année plus de 1.500 personnes, a été l'opportunité de présenter à l'industrie financière les différentes tendances qui vont se dégager dans les prochaines années, les prochains mois, voire les prochains jours. 

Plateformisation de l'économie

L'un des éléments les plus importants pour caractériser une plateforme est sa taille. Les principaux modèles économiques de plateformisation sont localisés aux Etats Unis et en Asie. La fragmentation du continent européen est un véritable frein à l'avènement de ce type de modèle. Les montants investis pour maintenir les systèmes informatiques traditionnels restent très élevés et ne contribuent pas à leur agilité pour évoluer vers un modèle économique de plateforme.

Expérience client

Avec l'avènement des réseaux sociaux et la pénétration des téléphones mobiles, les attentes des clients évoluent. Elles sont en croissance perpétuelle, les attentes d'hier comme le prix, le service ou la disponibiliténe seront pas celles de demain. La « proposition de valeur unique » ne sera pas suffisante pour se démarquer. Les nouvelles technologies comme l'Intelligence Artificielle (IA), la robotique, le quantum seront clés pour décrypter ces nouvelles attentes. Elles permettront notamment de répondre aux demandes d’aide des clients pour la gestion de trois de leurs précieuses valeurs : leur temps, leur argent et leur énergie. Les géants du web GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon – et chinois BATX – Baidu, Alibab, Tencent, Xiaomi – ont compris ce besoin. Les gagnants de demain auront mis à profit ces éléments en proposant des services à valeur ajoutée sur base de l’hyper personnalisation et des interfaces utilisateurs pour les clients modernes. "Toujours commencer par l'expérience du client, non par la technologie", nous rappelle l'ancien PDG d'Apple John Sculley en partageant les secrets de la réussite de Steve Jobs. 

Toutiao, plateforme de contenu d'actualités et d'informations, est un exemple de nouvel acteur chinois qui, avec l'intelligence artificielle, permet de cibler les besoins clients en termes de contenu éditorial. Avec plus de 200 millions d’utilisateurs qui passent en moyenne 76 minutes par jour sur l’application, elle se positionne comme un de nouveaux outsiders. Toutiao est un des produits de l’entreprise Bytedance qui détient également Tik Tok, une application mobile de partage de vidéo et de réseautage social lancée en septembre 2016. La valorisation de Bytedance est estimée aujourd’hui à 75 milliards de USD, après moins de huit années d’existence. En plus de l’expérience client et de la technologie, la viralité est devenue une vraie clé de succès sur certains segments économiques.

Blockchain

Les discours sur la ‘Distributed Ledger Technolgy’ (DLT ou technologie des registres distribués) étaient très réorientés sur l'émergence des nouvelles monnaies digitales comme Libra ou l'initiative portée par l'Union européenne, mais aussi sur les promesses de la tokenisation. Le Bitcoin n’est plus un sujet. C’est Libra, l'initiative pilotée par Facebook et les 22 autres membres de l’association éponyme, qui fait maintenant parler d'elle. L’interrogation sur la non souveraineté et les positions des régulateurs sont toujours au cœur des conversations. Les speakers et l'audience sont par contre unanimes sur le potentiel d'une monnaie digitale souveraine pour répondre aux questions d'inclusion financière et pour améliorer le système de paiement international. La tokenisation de l'économie a déjà pris son envol. Les régulateurs auront un rôle à jouer dans l’émergence de nouveaux acteurs, issus ou non des secteurs traditionnels. La récente avancée du régulateur allemand en la matière, avec l’accord de mise en œuvre de licences permettant aux banques de stocker et commercialiser des cryptomonnaies, en est un exemple.

Open Banking

Le public était nombreux à assister à la conférence sur le sujet, ce qui démontre son intérêt. L’open banking, qui vise la mise en réseau des comptes et des données entre les institutions pour l'utilisation par les consommateurs, les institutions financières et les fournisseurs de services tiers, devient une source majeure d'innovation.  Il est sur le point de remodeler le secteur bancaire, même s’il reste vague dans ses applications. De nombreux sujets ont été néanmoins évoqués, comme la deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2), les interfaces de programmation applicative (APIs), les agrégateurs de comptes, les partenariats Fintechs/grands groupes. Les principales motivations de l’open banking sont de stimuler l’innovation, d’augmenter la compétition dans le secteur financier, de donner de la confiance aux consommateurs et de réduire l’inclusion financière. 

De façon unanime, la communauté s’accorde à dire que de grands progrès mesurables ont été réalisés.  les informations et données disponibles sont les suivantes  :

  • un taux de performance des APIs en termes de disponibilité s’élevant à 98,77% ,
  • un temps de réponse des APIs qui s’améliore de façon continue pour atteindre une réactivité record en décembre 2019 avec 730 millisecondes,
  • un écosystème d'acteurs dans l'open banking qui grandit, avec notamment 2044 fournisseurs régulés (plus de 50% de croissance en six mois). L’Angleterre mène la danse en Europe, les autres pays progressent. 

Au Royaume Uni, plus d'un million de consommateurs ont connecté leurs comptes bancaires à une plateforme tierce.  Les GAFA ou de FATBAG (Facebook-Amazon-Tencent-Baidu-Alibaba/Alipay-Google) vont-ils l’utiliser ? Le gâteau est suffisamment grand pour être partagé. Comme pour la plateformisation de l’économie, l’émergence d’un grand acteur européen tarde à se révéler.

L'Intelligence artificielle (IA) n'a pas été au programme de cette première journée corporate. Cependant, l’IA y était présente à travers tous les sujets : plateformisation, expérience client, open banking… Une autre thématique a également manqué : celle de la finance à impact positif ou plus globalement de l'ESG. Au cœur des préoccupations des citoyens, et alors que les institutions financières ont un rôle primordial à y jouer, cet évènement d’envergure aurait pu proposer des sessions dédiées. 
 

Article écrit par Laurent Marochini, paru dans l'Agefi en mars 2020