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01/04/2021

En tant que Président Directeur général de HSBC Asset Management, on m’interroge souvent sur la stratégie de durabilité de l’entreprise. Il est difficile de répondre à cette question, car elle n’a pas la même signification pour tout le monde. Certains veulent savoir ce que nous faisons en tant qu’entreprise, auquel cas je dis que nous avons cofondé l’initiative One Planet Asset Manager, que nous étions les premiers signataires des Principes de l’investissement responsable et que nous participons activement à des dizaines d’initiatives en matière de durabilité dans le monde entier. Ou j’énumère les nombreux moyens permettant de lutter contre les problèmes de santé mentale et les préjugés hommes-femmes — des questions cruciales pour tout dirigeant désireux de construire une entreprise résiliente et durable.

D’autres s’intéressent davantage à notre stratégie d’entreprise. Parmi eux, on retrouve notamment des actionnaires de HSBC ou des gestionnaires d’actifs plus petits souhaitant savoir ce que font les principaux acteurs. Une fois de plus, il n’est pas toujours simple d’apporter des réponses, car la durabilité est un concept relativement nouveau. Nous ne disposons d’aucun modèle ayant fait ses preuves et les « Stratégies de durabilité pour les gestionnaires d’actifs » ne sont pas au programme des écoles de commerce. Néanmoins, j’ai une vision claire de qui nous sommes et où nous allons.

Notre stratégie d’entreprise en matière de durabilité repose sur trois piliers. Le premier consiste à croire en nos convictions et à ne pas avoir peur d’être à l’avant-garde. Par exemple, le fonds Real Economy Green Investment Opportunities (REGIO) que nous avons lancé est le fonds d’obligations vertes des marchés émergents le plus ambitieux au monde. De même, notre joint-venture avec Pollination fait de nous le leader mondial de la gestion d’actifs en matière de capital naturel. Notre fonds de lutte contre le changement climatique possède également l’un des plus longs historiques de performance : si nous ouvrons la voie, je suis sûr que d’autres nous emboîteront bientôt le pas.

Le deuxième pilier de notre stratégie d’entreprise consiste non seulement à respecter les fondements de la durabilité en investissant de manière responsable, mais également à appliquer les meilleures pratiques dans le monde entier. Cela implique de recueillir des données de tiers et de les analyser afin d’obtenir des informations pertinentes. Cela nécessite une analyse ESG détaillée dans presque toutes les classes d’actifs, en testant constamment la matérialité et la cohérence. Les meilleures pratiques s’étendent également à la mesure de la performance, au reporting client, au risque et à la conformité. Sans bases solides, il n’y a pas de durabilité.

Enfin, il est crucial que notre stratégie d’entreprise s’appuie sur les atouts de HSBC Asset Management. Nous tirons pleinement parti de notre réseau et de notre présence à l’international tout en entretenant des relations d’une richesse inégalée avec nos clients. Faire partie d’un groupe plus grand nous permet d’offrir des solutions de durabilité à de nombreux niveaux, du financement et des flux de transactions aux structurations et co-investissements. Nous sommes également convaincus qu’il faut garder les pieds sur terre et s’appuyer sur une analyse et un engagement rigoureux. C’est là que notre importante plateforme d’investissement active entre en jeu. Et naturellement, il est impossible de reproduire le patrimoine de HSBC en Asie.

C’est ainsi que nous abordons la durabilité en interne ainsi que notre modèle économique. Toutefois, la plupart des questions qui me sont posées sur la durabilité concernent notre stratégie d’investissement, à savoir le travail quotidien d’un gestionnaire d’actifs. Ce sujet étant très vaste et couvrant de multiples classes d’actifs, compétences, zones géographiques et approches, j’ai une fois de plus tendance à répondre en termes de convictions, lesquelles reposent sur une théorie financière solide.

La plus importante consiste à considérer que l’humanité est en transition vers un avenir faible en carbone. Cela affectera le monde macroéconomique (croissance, emploi, taux d’intérêt, inflation, productivité) ainsi que le monde microéconomique (ménages, entreprises, réglementation, données). Mais plutôt que de considérer la transition comme un risque à craindre, nous pensons qu’il s’agit d’une opportunité d’investissement unique. Des secteurs pesant plusieurs milliers de milliards de dollars surgiront de nulle part. Le capital sera redéployé des segments à faible rendement de l’économie vers ceux à haut rendement. Au cours de ce processus, nos clients prospéreront, comme tout le monde. C’est vraiment une transition que nous devons mener.

Le mot « mener » n’est pas choisi au hasard ici. Je crois que pour influencer les comportements, il faut mettre ses propres intérêts en jeu. Tout comme on ne déchire pas sa carte électorale simplement parce qu’un parti politique que l’on n’aime pas a gagné, les investisseurs ne doivent pas exclure les entreprises qui sont à la traîne sur les questions de durabilité. Nous préférons dialoguer avec les entreprises plutôt que les exclure, et nous admirons les dirigeants qui améliorent leur classement ESG autant que ceux dont les scores sont toujours élevés (peut-être par chance). En outre, sur les marchés secondaires, par exemple d’actions ou de crédit, le capital est déjà émis. Quelqu’un d’autre investira donc à votre place dans les sociétés que vous aurez exclues.

C’est pourquoi nous innovons sur les marchés primaires, que ce soit avec REGIO, mentionné ci-dessus, ou le développement de nos activités de prêts privés et de dettes liées aux infrastructures. Les entreprises sont plus attentives lorsqu’elles lèvent de l’argent. Le fait d’investir rapidement a également des effets bénéfiques. Cela participe en outre à notre solidité sur les marchés émergents, dont la Chine, où 600 milliards de dollars d’obligations d’entreprise ont été vendus en 2019 sur les 3 000 milliards d’obligations en circulation, soit un cinquième du total. Ces données sont à mettre en perspective avec celles relatives aux actions, puisqu’environ 1 % du capital social est levé chaque année.

Notre stratégie de développement durable ne pourrait me tenir plus à cœur. Mais l’investissement est une activité complexe, régie par les lois de la finance qui ne s’assouplissent ni pour moi ni pour quiconque, ainsi que par d’autres thématiques importantes, telles que la démographie, la technologie et la politique. Mon engagement en matière de confiance et de performance est total. Les clients ne méritent rien de moins.

 

NICOLAS MOREAU
Président Directeur général
HSBC Global Asset Management

Nicolas Moreau a rejoint HSBC Global Asset Management le 2 septembre 2019 en qualité de Président Directeur Général. Il possède 30 ans d’expérience dans les secteurs de la gestion d’actifs et de l’assurance. Avant cette nomination, Nicolas Moreau a travaillé deux ans au sein de Deutsche Bank en qualité de membre du directoire chargé de Deutsche Asset Management. En tant que CEO Monde, il a mené à bien son introduction à la Bourse de Francfort en mars 2018 et a rebaptisé l’entreprise DWS. Auparavant, Nicolas Moreau avait travaillé 25 ans au sein du Groupe AXA. Il a été Président Directeur général d’AXA France et membre du Comité de direction du Groupe AXA, ainsi que Vice-Président du Comité d’investissement du Groupe. Il a également été Directeur général d’AXA Investment Managers et d’AXA UK & Ireland. Nicolas Moreau a commencé sa carrière chez Arthur Andersen. Il est diplômé de l’École Polytechnique et titulaire d’un diplôme d’actuaire du Centre d’Études actuarielles. Il a reçu la Légion d’honneur en 2015 pour ses services rendus à l’industrie financière française.